Repas entre amis (10)

Depuis ce mois de février 2012 et un repas « exceptionnel » http://www.degustateurs.com/forum/forum_posts.asp?TID=20864&KW=repas+exce nous étions en dette d’un repas… Chose réparée en ce 3 novembre où Eddy, Marije, Isabelle, Mathieu, Nadia et Cyril nous ont rejoints pour partager un repas. Un repas avec un fil conducteur qui était les champignons, un repas où je voulais partager quelques-uns des vins produits par des domaines que j’apprécie en Bourgogne. Un repas où il fallait surprendre nos palais sudistes pour certains. Mais la surprise, elle ne vient pas toujours d’où on l’attend. Pas d’entrée maritimes, bouteilles ouvertes 2-4 heures avant, épaulées, remise frigo ou cave de stockage à 14°. Les vins seront servis par 2 et dégustés pour leur très grande majorité à l’aveugle.

Pour commencer avec un foie gras basse température et truffe noire de bourgogne
Les truffes sont excellentes pour des truffes de Bourgognes, l’accord avec le foie gras reste harmonieux.
Domaine Paul Blanck, Riesling Grand Cru Furstentum, 2005
Le Furstentum se situe à 400 mètres d'altitude en plein sud. Il est l'un des derniers îlots, vestige des temps sub-méditerranéens que connu l'Alsace. La nature du sol y est très caillouteuse, filtrante car la roche mère calcaire y affleure. Pressurage pneumatique. Elevage sur lie en foudre, de 12 mois. (info et carte domaine).


Nez qui ne me plait pas sur des notes d’hydrocarbures et de colle mais également plus agréable d’agrumes. Bouche par contre plaisante assez droite avec un très discret moelleux en attaque puis la matière semble devenir plus aérienne et s’élancer sur une fine acidité.. Très bien pour la bouche mouais pour le nez.
Domaine Pascal Cotat, AOC Sancerre-Chavignol, Grande Côte, 2005.
Moins médiatique que François Cotat… pas d’info domaine mais on est toujours sur chavignol, cépage sauvignon. Pour un tour des vignes…
http://invinoveritastoulouse.fr/attachments/article/76/2008_05_15%20Centre%20Loire%20-%20Chavignol%20-%20Boulay%20-%20Cotat.pdf


Nez sur des notes caramélisées, épicées puis des notes de rhum limite oxydation. Bouche par contre très agréable, fraiche, assez droite, assez puissante, mûre sans excès, assez longue. Bien pour la bouche mais le nez là aussi me fait poser des questions sur l’origine de la bouteille (caviste biterrois avec lequel je commence à avoir trop de déconvenues).
Domaine Gérard Boulay, AOC sancerre, cul de beaujeu, 2007.

Pour pallier à l’insuffisance de cette série sensée ouvrir la bouche, je décide d’ouvrir ce vin valeur sure. Le nez se livre sur des notes d’agrumes puis discrètement florales sur des notes d’acacia. Bouche assez savoureuse avec un discret moelleux d’attaque, assez longue finale sur les agrumes. Très bien –, mais apr contre excellent accord avec le foie gras qui allonge le vin et le rend encore plus harmonieux.
Domaine Buisson-Charles, Meursault 1er cru « charmes », 2006.
Plus facile pour avoir des info domaine… http://domaine.buisson.charles.over-blog.com/article-meursault-premier-cru-les-charmes-65904877.html. Copié collé de ce qu’écrit Patrick…
Charmes est le premier cru le plus étendu de la commune de Meursault avec près de 35 hectares plantés. C'est sans doute celui qui correspond le plus à l'esprit des vins secs et moelleux qui caractérise "l'image d'Epinal" des crus du village. Pourtant son étendue ajoutée au fait qu'il soit découpé en trois sous zones ( Dessus, Milieu, Dessous ) ne lui confère que peu d'unité. Les Charmes sont ainsi plus immédiatement accessibles, souples et moëlleux dans le "Dessous", plus intenses et concentés au "Milieu" et plus directement vifs, aériens et tendus dans le "Dessus". Situé sur une zone en faible déclivité, très solaire et pierreuse les ceps bénéficient de ce substrat argilo-calcaire pour puiser très profondément dans le sol leurs racines. Il en résulte des vins très concentrés et intensément aromatiques.
Le domaine Buisson-Charles exploite une petite parcelle de 17 ares situées dans le dessus du climat non loin des Genevrières et juste en dessous de la Grande Perrières. Moins de 1200 bouteilles y sont produites chaque année. Densité de plantation: 11.000 pieds par hectare, vignes de + de 40 ans, taille: 1/3 en cordon de Royat et 2/3 en Guyot simple, double ébourgeonnage de printemps, labour intégral des sols, rendements : 30 à 50 hl par hectare, vendanges manuelles avec tri des raisins sur table dans la parcelle, pressurage pneumatique, débourbage statique, élevage en fûts avec 25% à 30 % de bois neuf, mise en bouteille sans collage.


Nez bouqueté, qu’il faut aller chercher mais qui délivre d’agréables notes de fruits secs, de grillé praliné puis d’agrumes et… de poire (carole). Bouche pour moi la plus élégante et racée de la série, même si le côté grillé est encore un peu présent. Et puisque je suis dans une série d’analogie blancs de la côte de Beaune, rouges de la côte de nuit, me fait penser à la structure en bouche du Clos Saint-Denis bu il y a 24 heures. J’adore, ma femme et ma fille adore, nous adorons. Très bien +, par contre avec le foie gras, semble moins harmonieux plus brut de décoffrage, plus sauvage, moins en place ( ?).

Avec une cassolette de Saint-Jacques, petits légumes, pleurotes
Domaine Camille Loye, AOC Arbois cuvée Saint Paul, 1988
Cépage Trousseau, un vigneron qui n’a pas eu de successeur si j’ai bien compris…
 
Nez sur les fruits rouges paraissant très jeune. Bouche marquée par la finesse et l’élégance mais avec des tanins encore un peu rugueux. Finale acidulée sur des notes de réglisse. Bien + souffre de la comparaison avec les autres canons de la soirée lorsque je le déguste pour lui-même mais par contre profite bien de l’accord avec en particulier une finale qui s’harmonise. Manque peut-être d’un peu de concentration pour faire un accord plus agréable, tout le monde reste surpris à l’annonce du millésime…
Domaine Morey-Coffinet, AOC Puligny-Montrachet 1er cru « les pucelles », 2007.


Cépage chardonnay, Sud-Est, argilo-calcaire fin, année de plantation 1999, surface 19 ares (4,5 ouvrées), labours mécaniques et Lutte raisonnée, élevage fût de chêne dont 40 % de neuf, 1 200 bouteilles.
Nez sur des notes de fruits secs avec un grillé encore présent qui laisse place au notes d’agrumes et de poire. Bouche précise, fraiche, dont la puissance canalisée se révèle peu à peu. J’aime bien ce cru finalement qui parait dans un premier temps « enfant sage » (un peu comme corbeaux en gevrey) puis qui se révèle au final d’un autre calibre (me rappelle un peu la bouche d’un mazis au final). Très bien, accord avec le plat plaisant sans plus, parait presque moins concentré que gouté seul également. Peut-être qu’un clos de chablis sur 2006 ou une goutte d’or ou un batard aurait fait un meilleur accord…

Avec un filet de loup planché, petits pois carotte et morilles de Corneilhan.
Domaine Barraud, AOC Pouilly Fuissé, les crays, 2006.

Ouvert compte tenu de mon mécontentement des nez du Riesling Furstentum et du Grande Côte.
Nez grillé typique du millésime qui s’ouvre sur des notes de fruits secs. Bouche assez droite et précise, on est toutefois un ton en dessous des vins de la côte de Beaune à l’ouverture. Bien +, un vin qui va par contre grandement profiter de l’ouverture, gagne en puissance et finesse, devient encore plus harmonieux. Finalement excellent, mon blanc préféré de la soirée avec le rioja blanc et l’étoile (cf infra).
Domaine Lopez de Hérédia, DOC Rioja, Tondonia Gran réserva, 1994.
Classé dans la Rioja comme EXCELLENT millésime. La récolte a commencé à partir du 12 octobre et elle a été achevée le 25 octobre. Tempranillo (75%), Garnacho (15%), Graciano et Mazuelo (10%), vieillissement en barriques 9 ans, soumis à 2 décuvages par an. Clarifié avec des blancs d’œuf frais. Acidité totale 6 gr/l, 18 000 bouteilles. Le Vina Tondonia est un clos de 100 ha d’un seul tenant situé sur le flanc droit du fleuve Ebro en rioja Alta. Les sols sont constitués d’alluvions calcaires du fleuve. (info domaine).


J’aime beaucoup ce vin, que j’ai bu une première fois il y a plus de 6 mois. Nez sur des notes de fruits rouges et de poivre, qq notes d’agrumes. Bouche précise et soyeuse, longue sur une finale fruitée. Me parait plus jeune que le précédent, et celui-ci sans hésiter je l’aurai mis sur volnay ou chambolle… excellent à l’ouverture, se goute mal avec le plat avec des notes un peu végétales pour moi (petits pois ?) et sera simplement superbe le lendemain, sur des notes d’orange, de tabac très typées et plus « concentré » en bouche
Avec un velouté de cèpes de Salvergues et sa crème.
Le velouté sera excellent, malheureusement les vins pas à sa hauteur…
Domaine Marc Colin et fils, Chassagne-Montrachet 1er Cru "Les Caillerets", 2005.

Cépage Chardonnay, sol argilo-calcaire peu profond, exposition Sud, plantation en 1950, 1976 and 1990. Culture raisonnée, taille en guyot simple, vendange manuelle, pressurage pneumatique, vinification et élevage en fûts de chêne pendant 15mois, collage et filtration avant mise en bouteille. Environ 5000 bouteilles. (info domaine).
Un vin qui pour tout dire me déçoit. Le nez se livre sur des notes de fruits secs mais surtout des notes épicées qui me rappelle les grenaches gris lorsqu’ils partent sur le versant oxydation. Bouche avec un certain gras et volume, moins cailloux que jeune. Assez grande longueur, bel équilibre. Bien seulement car nous sommes sur 2005 et le vin est finalement bien loin de ce que j’ai pu gouter y compris sur des appellations moins prestigieuses… et puis et puis… on peut en écrire des conneries… 15 minutes après « mes notes oxydatives » ont disparu, le vin se livre sur des notes de fruits secs, d’épices mais également florales, de tilleul. La bouche s’est fait plus harmonieuse, plus concentrée avec une longue finale également digne du cru et du millésime. Très bien alors. 3 heures plus tard il repart sur des notes d’épices qui flirte avec l’oxydation, l’une des personnes présentes évoquera une fermentation malo-lactique qui s’est peut-être fait très /trop longue… Olih si tu lis ces lignes...
Domaine Bel Air-Marquis d’Aligre, AOC Margaux, 2000.

La superficie du vignoble est de 13 hectares, comprenant quelques parcelles à moitié vide de vignes centenaires que M. BOYER ne se résout pas à arracher, soit environ 12 hectares de vignes d'un âge moyen de 35-40 ans avec une densité de 10 000 pieds/ha comme le voulait la tradition. Le vignoble, sis sur des croupes de graves légères, est scindé en deux, une partie sur Sousssans à coté du château, l'autre parcelle est contigue à celle de Château Margaux. Il est constitué de 35% de Merlot, 30% de Cabernet Sauvignon, 20% de Cabernet Franc, 10% de Petit Verdot et 5% de Malbec, rendement (20 à 30 hl/ha maximum). Environ 30 000 bouteilles sont produites. Le cuvier est constitué de simples cuves béton. Sur les 53 millésimes qu’a vinifié Mr BOYER, les fermentations ont toujours démarré naturellement, même en année froide. La fermentation démarre lentement sans intervention extérieure pour finir en douceur après environ 5 semaines de cuvaison. Contrairement à ses homologues qui préfèrent placer le vin en barriques pour une clarification plus rapide afin qu'il soit plus présentable à l'agrément, le Bel Air Marquis d'Aligre est élevé en cuve jusqu'au mois de mai. Puis, le vin fait un court passage en barriques de 5 à 6 mois seulement sans bois neuf pour s'arrondir et retourne ensuite en cuve pendant 2 ans. (info éric repper).
Bouchon avec coulure, il semble qu'il y est quelques problèmes avec au domaine. A l’ouverture nez déviant sur des notes de carton mouillé, vieux bois. Bouche assez élégante mais comportant des tanins un peu saillants. La décision de carafer le vin est prise, ceci rendra le vin plus acceptable mais les notes déviantes sont encore présentes… très grosse déception compte tenu de compte rendu dithyrambiques lus çà et là, la bouteille que je voulais faire découvrir à celui qui m’avait fait gouter petrus 85, latour haut brion 47 et ausone 73. Bref un gros raté car je n’avais pas sous la main son double…
Avec une cassolette de joue de bœuf, purée maison, truffe de bourgogne
Domaine Joseph Voillot, AOC Volnay 1er cru Les Champans 2009.


Cépage Pinot noir, vigne présentant une forte pente avec un sol caillouteux, peu profond, de type calcaire Bathonien, 1 ha 07 a 10 ca, âges des vignes 40 ans en moyenne.
On est là sur un grand terroir de Volnay, un très bon millésime, un grand vigneron. Nez bouqueté et très complexe sur des notes de fruits rouges, d’airelles, de fraise des bois mais également d’agrumes, d’épices. Bouche d’une grande finesse, d’une grande harmonie et équilibre. Si j’étais vigneron, j’aurai aimé faire un vin comme celui-là. Me fait penser à une vague de méditerranée, un jour où la mer est plutôt calme. Mon vin préféré du WE supérieur en l’état et pour mes goûts au Mazis-Chambertin 2002 HG et au Clos Saint-Denis 2007 d’Arlaud. Hors classe. Servi trop froid, mes invitées ne feront que deviner les qualités du vin. Le lendemain se goute moins bien et surtout moins bien que le Mazis qui lui a profité de l’aération de 24 heures (cf infra).
Domaine Harmand-Geoffroy, Grand Cru Mazis-Chambertin, 2002


Terroir de marnes bajociennes, exposé plein Est. Le domaine Harmand-Geoffroy exploite plus de un hectare dans des parcelles mêlant le haut et le bas du climat.
On est là sur un grand cru d’un très bon millésime, et il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Nez complexe sur des notes de fruits rouges, de poivre, d’épices et de réglisse. Bouche aux tanins fins et fondus, s’élançant sur une grande longueur avec une finale racée et gourmande. Cela n’a pas la finesse du clos saint denis 2007 bu ce we, c’est probablement plus jeune également, par contre il y a une énergie en attaque contenue, bridée, qui se libére progressivement en bouche. Superbe, grand vin. Lui aussi est travesti par mon service avec des notes pseudodéviantes probablement liées à une réduction. Le lendemain, grosse cartouche, l’énergie du vin semble se libérer en l’allongeant indéfiniment…
Avec le plateau de fromages
Il y a des amateurs de fromages dans la tablée, de blancs oxydatifs…
Domaine Lopez de Hérédia, DOC Rioja, Tondonia reserva, 1997.

Viura (90%), Malvasía (10%), vieillissement en barriques de 6 ans, soumis à 2 décuvages par an, clarifié avec des blancs d’œuf frais. Acidité totale 6 gr/l, 20.000 bouteilles. (info domaine).
Un vin qui m’a séduit par sa singularité. Il combine au nez des notes de noix seches, de fleurs, de tilleul. La bouche est marquée d’une grande finesse et élégance, au gras très mesurée, à la fraicheur sans acidité ni vivacité excessive. Bref un vin harmonieux qui en plus est exhausteur de goût comme je pourrai le constater avec le Livarot entre autre. Excellent. La grosse surprise de cette soirée surtout à la lecture du millésime.
Domaine de Montbourgeau, Appellation Etoile Controlée, Savagnin 2008.

Un vin qui fait l’unanimité chez ceux qui aiment les oxydatifs. Au-delà de la palette aromatique, c’est surtout la bouche que j’apprécie, avec un gras qui convient au fromages durs et « secs » , une puissance et longueur qui fusionne avec les fromages à pâte molle. Bref un super vin de gastronomie à ouvrir qu’avec des connaisseurs, merci Cyril…

Avec une demi-sphére de chocolat noir, mousse lactée framboises parfumées de citron vert, sauce caramel salé aux amandes
Domaine de l’Arjolle, IGP côtes de Thongue, Palais Royal, 2008

Merlot muté (moût à moitié fermenté avec une teneur en sucre de 85g/L et un taux d’alcool de 17°).
Un vin qui me plait moins que la version précédente avec un peu moins d’harmonie, une acidité que l’on perçoit et qui semble minorer de trop le côté « sucre » du vin et sa puissance. Attention je pinaille, cela reste très bon et surtout sans lourdeur pour finir le repas.
Conclusion
La surprise est tout d’abord venu de certains vins, qui ne se sont pas comportés au niveau où on les attendait, d’autres étant au contraire bien au-delà de mes espérances (très beau rioja 1997 blanc). L’évolution en bouteille (ouverture, un verre, rebouché) n’a pas été favorable, je pense d’ailleurs avec le temps qu’il vaut mieux éviter d’ouvrir avant ces bouteilles, surtout quand on les réserve après dans une cave de stockage trop froide… les deux bourgognes rouges en ont vraiment trop souffert, c’est la dernière fois que je les ouvre avant pour « m’avancer ». La séquence des vins n’a pas été favorable non plus à certains (le charmes en particulier excellent pour lui tout seul, quelconque après le cul de beaujeu). L’accord avec des petits pois et souvent casse gueule quand on veut y mettre un rouge dessus. Le rioja 94 en a souffert, le lendemain sur les restes de joues de bœuf il a été sensationnel, encore plus jeune. Mes plus grands regrets restent le BAMA 2000 déviant et le service trop froid du Mazis, qui était sans aucun doute le vin le plus complet de ce WE. Il est prévu une prochaine joute, lorsque la lune sera montante et que les truffes du Saint-Chinianais seront à leur meilleur… cela sera également un jour de partage et un jour heureux…
Dany |